La croix de Jésus-Christ -Une dynamique dramatique et lumineuse

La croix de Jésus-Christ -Une dynamique dramatique et lumineuse

L’histoire du salut    en 4 tableaux   :                                             

DIEU  point de rencontre avec (hommes & femmes)

DIEU <– La loi de Moïse, La conscience –> Humanité

DIEU La croix Humanité

Peuples des rachetés = DIEU Emmanuel

Scandale et folie de la croix

(1Co 1.23) Nous prêchons Christ crucifié, scandale pour les Juifs et folie pour les païens.

La croix est devenue un objet de décoration. On la porte autour du cou, parfois en boucle d’oreille, elle indique le sommet des montagnes. ça ne choque personne. Mais imaginez porter une chaise électrique en pendentif. Imaginez une guillotine sur un sommet. Ce serait pour le moins bizarre, macabre. Dans l’Antiquité la croix était le pire des châtiments, une forme d’exécution de la plus haute cruauté, empruntée aux barbares. La croix était réservée aux sujets de classe inférieure. Cicéron, célèbre orateur romain, parle de la croix comme du supplice des esclaves, cruel et abject. Les citoyens romains en étaient, en principe, exemptés. La croix était une infamie, un sujet de honte, de dégoût. Les Romains évoquaient encore avec horreur la crucifixion de 6’000 esclaves suite à la révolte de Spartacus en 71 av. J.-C. Des condamnés cloués sur des croix, sur les 195 km de la via Appia qui menait à Rome. La croix a été pour les premiers chrétiens une redoutable interrogation. Comment leur maître a-t-il pu subir une mise à mort aussi dégradante, infâme, douloureuse, cruelle et sadique ? Les premières représentations de la croix n’apparaissent qu’à la fin de l’Antiquité.

La croix, au cœur de l’enseignement des Apôtres

(1Co 2.2)   Car j’ai décidé de ne rien savoir parmi vous, sinon Jésus-Christ, et Jésus-Christ crucifié.

(Ga 6.12)    Ceux qui vous imposent la circoncision sont des gens qui veulent faire bonne figure devant les hommes. Ils n’ont qu’un seul but : éviter d’être persécutés à cause de la mort du Christ sur la croix.

Les premiers chrétiens étaient placés devant un choix difficile. Quel aspect de la vie du Christ faut-il mettre en évidence ? Faut-il mettre l’accent sur le Christ qui fait des miracles, le Christ thaumaturge qui guérit ? Faut-il valoriser le Christ philosophe, le logos qui incarne la sagesse humaine, ou le Christ pédagogue qui enseigne et révèle les mystères du Royaume de Dieu ? Faut-il mettre la priorité sur l’enseignement éthique du Sermon sur la montagne : « Ne faites pas aux autres ce que vous n’aimeriez pas qu’on vous fasse » ? Faut-il mettre l’accent sur le Christ qui donne un nouvel éclairage à la loi de Moïse ? Tous ces aspects sont importants. Or ils sont universels, partagés par d’autres religions. Aucun n’est spécifiquement chrétien. Le cœur, la centralité de la foi chrétienne, c’est la Croix du Christ, scandale pour les Juifs et folie pour les païens, mais pour ceux qui sont sauvés, elle est la puissance même de Dieu, l’expression même de la sagesse de Dieu.    

 La croix, point de rencontre entre Dieu et les hommes

(Lv 17.11) Car la vie de la chair est dans le sang…  c’est le sang qui, par la vie, fait l’expiation.

(Hé 9.18,22) La première alliance elle-même n’a pas été inaugurée sans effusion de sang. D’ailleurs, selon la loi, presque tout est purifié avec du sang, et sans effusion de sang il n’y a pas de pardon.

Pourquoi la centralité de la croix ? Il y va de notre salut. Il y va de notre réconciliation avec Dieu. La question du salut a préoccupé, voire hanté toutes les générations humaines… sauf la nôtre. Nous sommes probablement l’une des premières générations dans l’histoire de l’humanité à avoir mis cette question de côté. C’est ce qui rend le témoignage chrétien si difficile…

De tout temps, les hommes ont considéré le salut comme le fruit de leurs efforts. A force de piété, d’efforts, de pratiques religieuses, de sacrifices offerts à Dieu ils espèrent pouvoir obtenir ses faveurs. Ainsi l’homme a mis en place de nombreux systèmes religieux de nature à nourrir sa piété pour lui permettre de franchir la distance qui le sépare de Dieu. Pour prendre une image, l’homme s’est mis à l’eau comme un nageur qui aimerait rallier la France à New-York. Il suffit de traverser l’Atlantique à la nage… Notre nageur a deux problèmes de perception. Il n’est pas conscient de son incapacité de nager si longtemps et il sous-estime la grandeur de l’océan (la distance infranchissable entre le Dieu très saint et les hommes).

 Pourquoi le Christ devait-il mourir ? La gravité du péché

(Rm 3.23) Car tous ont péché et sont privés de la gloire de Dieu.

(Es 59.2)   Mais ce sont vos crimes qui mettent une séparation entre vous et votre Dieu ; ce sont vos péchés qui vous cachent sa face et l’empêchent de vous écouter.

La notion de péché est difficile à entendre pour nos semblables car elle est chargée d’un poids de culpabilité morale que l’on trouve inapproprié. Pour l’hébreu, péché signifie simplement « rater la cible, échouer ». Chaque humain peut se reconnaître dans cette définition. Il y a toujours de l’inachevé, de l’échec dans toute vie humaine. Reprenons l’exemple de la traversée de la mer. Dieu nous a offert un bateau pour cette traversée. Il nous a dit : Ne traverse pas à la nage. Viens dans mon bateau. L’humanité a refusé son offre par orgueil en pensant être capable de s’en sortir par elle-même. Et dans la foulée, elle a désobéi au Dieu créateur en ne montant pas dans le bateau. Or nous sommes bien trop mauvais nageurs pour espérer traverser un océan. La seule issue possible c’est la mort. Le péché, c’est le refus de l’amour de Dieu, la rébellion contre lui, la prétention à pouvoir vivre sans lui, à pouvoir prendre sa place.

Au milieu de l’océan, la croix vient comme un radeau, une planche de salut. La croix est le moyen unique et absolument nécessaire que Dieu nous offre pour être sauvé. A la croix, Dieu exprime pleinement et parfaitement sa colère et son amour, sa sainteté et sa grâce. A la croix, le péché est condamné, éradiqué, et les pécheurs sont sauvés et réconciliés avec leur Créateur. La croix est à la fois « l’instrument du jugement de Dieu » et le lieu où nous sommes graciés. Sans le sacrifice du Christ à la croix, pas de grâce en notre faveur, pas de justice qui puisse nous être attribuée.

Pourquoi Jésus-Christ devait-il mourir ? Dieu ne peut-il pas simplement pardonner ? Il nous appelle bien à pardonner sans que quelqu’un ait besoin de mourir à chaque fois. Pourquoi la croix est-elle absolument nécessaire à notre pardon et à notre salut ? Certains affirment que Dieu n’a pas besoin de la croix pour nous pardonner. Ils affirment avec raison que Dieu est amour et qu’il nous pardonne par grâce. Mais ils prétendent ensuite, à tort, que la mort du Christ sur la croix ne serait qu’un symbole, une image de l’étendue de l’amour de Dieu. Au contraire, la croix du Christ est une nécessité absolue pour que nous puissions être réconciliés avec Dieu et sauvés pour la vie éternelle. La croix est précisément le lieu historique où l’amour et la grâce de Dieu s’expriment en notre faveur. A cause de la gravité du péché et de la sainte majesté de Dieu, sans la croix il n’y aurait jamais eu de réconciliation et de salut.

La croix, lieu de l’expiation… sacrifice substitutif du Christ

(Col 1.19-22)   Car il a plu à Dieu de faire habiter en lui [Jésus-Christ] toute plénitude et, par lui, de tout réconcilier avec lui-même, aussi bien ce qui est sur la terre que ce qui est dans les cieux, en faisant la paix par lui, par le sang de sa croix. Quant à vous qui étiez autrefois étrangers et ennemis, dans votre façon de penser et par vos œuvres mauvaises, il vous a maintenant réconciliés, par la mort de son Fils, dans son corps humain, pour vous faire paraître devant lui saints, sans défaut et sans reproche.

Les principales expressions du N. T. utilisées pour présenter la croix du Christ : Sacrifice (Ep 5.2) ‑ Donner sa vie (Jn 10.18 ; 1Jn 3.16) ‑ Rançon (Mt 20.28) ‑ Mort pour les pécheurs (Rm 5.6, 8 ; (1Co 15.3) ; (2Co 5.14-15) ; (1Th 5.9-10) ; (Hé 2.9 ; 10.5) – Offrande (Mt 20.28) – En expiation (Rm 3.25) ; (1Jn 2.2) ; (1Jn 4.10), la NBS a supprimé le terme « victime » qui n’est pas formellement dans le grec).

Jésus est le sacrifice – Il est l’expiation, il est la rançon – Jésus a donné sa vie pour nous… Ces affirmations illustrent l’œuvre du Christ. Encore faut-il bien les comprendre. Quelles images ces expressions produisent-elles en nous ? A qui Jésus a-t-il donné sa vie ? A qui la rançon a-t-elle été payée ? Dieu est-il sanguinaire ? A-t-il besoin de sang pour apaiser sa colère ? Jésus est-il la victime innocente, le bouc émissaire offert à la colère divine ? Jésus est-il débiteur du diable ?

De nombreux chrétiens ont été troublés par les réponses maladroites apportées à ces questions. On ne peut comprendre l’œuvre sacrificielle du Christ que si on la relie étroitement à l’amour de Dieu. Il n’y a jamais eu d’instrumentalisation de Jésus, comme si le sacrifice de Jésus apaisait la vindicte d’un Dieu sanguinaire. Au contraire, l’apôtre Paul précise, que lors de la Passion de Jésus, c’est Dieu qui était en Christ.

  (2Co 5.19)   Car Dieu était en Christ, réconciliant le monde avec lui-même, en n’imputant point aux hommes leurs offenses, et il a mis en nous la parole de la réconciliation.

« Le prix [de la mort de Jésus] n’est payé à personne : il manifeste l’amour de Dieu pour les pécheurs. (…) Le sang du Christ n’est pas le prix que Jésus a dû payer à la place des coupables impuissants pour que Dieu soit « satisfait », mais la preuve suprême, la plus onéreuse qu’on puisse imaginer, d’un amour sans mesure du Père et de son Fils unique pour ses enfants adoptifs, les frères de Jésus. (…) La vie du Fils de l’homme, médiateur du salut, n’est pas un objet de négociation entre Dieu et les hommes, ou entre Dieu et Jésus. La rançon n’est versée à personne… Sa mort est l’accomplissement ultime du service et de la mission qui lui avait été confiés pour la réalisation du Royaume de Dieu. (…) La mort de Jésus a été le sacrifice de son existence… à sa mission. (…) La mort purificatrice et salvatrice du Serviteur Jésus, quoique non recherchée ni provoquée, est une mort consentie par lui-même et intégrée au dessein d’amour du Père (…) L’amour total de Jésus… voilà… ce qui l’a conduit à se livrer pour chacun.(…) Le dessein de Dieu n’était pas de faire payer à son Fils, même consentant, la dette des pécheurs, mais de nous réconcilier avec Lui par le don fraternel que ce Fils a fait de sa vie, et de nous donner ainsi la preuve d’un amour total immérité ». (Paul Ternant, Le Christ est mort pour tous, éd. cerf, 1993, pp. 121 à 137)

« Dieu lui-même se fait solidaire de l’homme, Dieu descend dans l’humanité et s’identifie avec elle. C’est lui-même qui est la victime. C’est Dieu lui-même qui se fait homme, ou, pour mieux dire encore, qui devient l’homme même, afin de pouvoir porter le fardeau de l’homme. Mystiquement, mais réellement, c’est lui qui sue du sang en Gethsémané, lui qui est flagellé au prétoire, lui qui rend sur la croix le dernier soupir : « Dieu était en Jésus-Christ, réconciliant le monde avec lui ». Que Dieu ne soit plus en Jésus-Christ, personnellement, substantiellement, l’intelligence de la croix nous échappe, et l’édification… fait place au scandale. Mais un Dieu qui est amour m’explique un Dieu qui meurt, et un Dieu qui meurt est le seul Dieu auquel l’humanité puisse croire. »  (Henri Clavier, La pensée religieuse de Vinet, éd. Fischbacher, 1938, p.186s)

« La croix n’est pas le résultat, ni le prix d’un vil marchandage avec le diable, encore moins un troc trompeur… elle n’est pas une punition infligée par un Dieu-gendarme à un Christ doucereux ; elle n’est pas l’œuvre d’un Christ débordant de tendresse qui arrache notre salut des mains d’un Père réfractaire… Elle est le lieu où le Dieu juste et aimant s’est humilié pour devenir en Jésus et par lui, chair, péché et malédiction pour nous, de manière à pouvoir nous sauver sans faire la moindre concession aux exigences de sa nature. «  (cf. John Stott, La croix de Jésus-Christ, éd. EBV, 1988, p.153)

La mort de Jésus est l’expression ultime de son amour. Par son amour infini il a partagé la condition humaine jusque dans ses abîmes les plus abjects pour venir l’habiter de sa lumineuse présence. Désormais, aucun domaine de l’existence humaine ne lui échappe. En particulier Jésus est venu habiter la réalité dramatique de la mort (spirituelle, séparation d’avec son Père et physique) pour que désormais la mort elle-même n’échappe plus à sa souveraineté. Devant un tel mystère, devant tant d’amour nous ne pouvons que nous agenouiller et adorer.

La dramatique histoire du frère franciscain Maximilien Kolbe, qui, en mai 1941, a proposé de mourir à la place d’un camarade condamné à mort, est un exemple saisissant d’une mort substitutive. (cf. Wikipédia)

La victoire de la Croix… triomphe du Christ

(Col 2.13-15)   Il a effacé l’acte rédigé contre nous en vertu des prescriptions légales, acte qui nous était contraire ; il l’a enlevé en le clouant à la croix ; il a dépouillé les principats et les autorités, et il les a publiquement livrés en spectacle, en les entraînant dans son triomphe.

La croix occupe la place centrale dans l’événement du salut. Elle est au cœur de l’histoire de la relation de Dieu avec l’humanité. Aussi, d’objet de torture qu’elle est, elle devient sujet de gloire, sujet de fierté. « C’est dans la croix de Jésus-Christ que je me glorifie » dit l’apôtre Paul (Ga 6.14). Il poursuit en nous invitant à nous approprier la dynamique de la croix. S’approprier la dynamique de la croix c’est crucifier en nous « le monde », c’est-à-dire tout ce qui s’oppose à Dieu, tout ce qui est d’inspiration terrestre (les œuvres de la chair de (Ga 5.19). Nous identifier à l’œuvre de la croix c’est réaliser que la puissance et la fatalité du péché sont désormais rompues. Ainsi la croix n’est plus seulement un événement historique qui s’est déroulé en Judée/Palestine vers l’an 30 de notre ère. Désormais elle occupe une place particulière dans la vie des chrétiens. « Je suis crucifié avec le Christ », dit l’apôtre Paul (Ga 2.19). Jésus lui-même désigne la croix comme ce qui caractérise toute personne qui veut le suivre (Mt 10.38) ; (Mc 8.34) ; (Lc 14.27). Signe de la puissance de Dieu, signe aussi de sa miséricorde, la croix constitue un appel à aller jusqu’aux frontières sans limite de l’amour. Elle invite au pardon ; elle entraîne à ouvrir les bras, à se laisser percer le cœur, à laisser jaillir la vie.

Dans cette dynamique, la croix devient source de salut et de victoire. « Car vous êtes morts, et votre vie est cachée avec Christ en Dieu » (Col 2.20, 3.3). Puisque vous êtes morts, vous n’êtes plus assujettis au péché et à ses passions destructrices, vous êtes vivants pour Dieu (Rm 6.11). L’ensemble du chapitre 7 de la lettre aux Romains développe magistralement cette lumineuse dynamique.

Victoire sur la mort (Col 2.13) ; (Rm 6.23) … Victoire sur le péché (1P 2.24) … victoire sur le diable et les puissances des ténèbres (Hé 2.14 ; 1Jn 3.8) … vous pouvez vivre une vie nouvelle selon les critères du Royaume. La croix du Christ a inauguré une nouvelle économie dans la relation entre Dieu et les hommes, une nouvelle dynamique qui s’étend à tous les hommes (Rm 5.18) et qui portera pleinement ses fruits lorsque Dieu prendra possession de son Royaume.

Pour l’instant nous sommes encore dans le temps de la persévérance, le temps de l’attente, le temps où le salut est vécu en espérance.

« Car c’est en espérance que nous sommes sauvés…. Or, l’espérance ne trompe point, car l’amour de Dieu est répandu dans nos cœurs par le Saint-Esprit qui nous a été donné » (Rm 8.24, 5.5).

AMEN

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