Pourquoi Dieu n’intervient-il pas contre le mal ? (Habaquq 1)

Pourquoi Dieu n’intervient-il pas contre le mal ? (Habaquq 1)

Habaquq 1

RÉSUMÉ  Atelier biblique

5 novembre 2020

Animatrice : Viviane André

Introduction

Habaquq : prophète inconnu par ailleurs ; nous ne savons rien sur sa vie privée, et le sens de son nom est incertain. – Contexte : rédaction probablement entre 608 et 605, après chute de l’Empire assyrien (Ninive détruite en 612) ; montée en puissance des Babyloniens, qui n’ont pas encore écrasé l’Egypte à la bataille de Karkemish (605) ; probablement sous le roi Jojakim (609-598).

Nahum a annoncé la chute de Ninive et de l’Empire assyrien. La destruction de Ninive est survenue en 612, face à une coalition de Babyloniens, Mèdes et Scythes. Il prêchait probablement durant le règne de Josias sur Juda. Josias a été un bon roi qui a affranchi Juda de la tutelle assyrienne et a lancé une réforme pour ramener son peuple sur la voie de l’obéissance à l’Eternel (622). Il meurt en 609. Son fils Jokakim adopte une ligne politique différente : se montre un vassal soumis de l’Egypte (qui cherche à s’opposer aux Babyloniens), et son règne est caractérisé par l’oppression, l’injustice et la violence. Il fait ce qui est mal aux yeux de l’Eternel (2R 23.37). Juda, royaume du sud, proche de sa chute (une vingtaine d’années plus tard). – Particularité : dialogue avec Dieu dans les 2 premiers chapitres ; interpellation de Dieu et non interpellation du peuple par Dieu.

Structure : 1.2-4 plainte d’Habaquq, probablement sur la situation en Juda ; 1.5-11 réponse divine ; 1.12-17 nouvelle plainte d’Habaquq, suite à la réponse divine..

Commentaires

1.1 Message dont le prophète a eu la vision : litt. le fardeau que le prophète a vu. Le verbe voir est souvent employé à propos des révélations dont bénéficient les prophètes, si bien qu’il peut s’agir d’un simple terme technique (cf. 1S 9.9). Certains pensent que le prophète assiste d’une manière ou d’une autre au conseil divin et rapporte une véritable vision (cf. 1R 22.19). Quoi qu’il en soit, l’emploi de ce verbe indique qu’il ne s’agit pas de réflexions personnelles, mais d’une révélation divine.

1.2-4 Surprise : au lieu de publier un oracle, Habaquq commence directement par une plainte adressée à Dieu à propos de son propre peuple. Il ne reproche pas au peuple son comportement – comme les autres prophètes – mais à Dieu le comportement du peuple. C’est en fin de compte Dieu qui est accusé pour son inaction et son silence apparents.

Les verbes sont à la première personne du singulier et à la deuxième, ce qui introduit l’idée de dialogue.

Droit bafoué… oppression… violence : ce dont Habaquq se plaint ici, c’est probablement des comportements qu’il voit au sein de son propre peuple. Il semble peu probable qu’il pense à des envahisseurs étrangers, d’autant plus qu’il parle de procès et de loi (sûrement loi de Moïse), qui correspondent à des réalités internes. Description similaire du règne de Jojakim en Jr 22.13-17.

1.5-11 Nouvelle surprise : la réponse de Dieu intervient sans être introduite par une formule quelconque (pas de « ainsi parle l’Eternel » ou « déclare l’Eternel »). C’est l’action mentionnée dans les verbes en « je » aux v. 5-6 qui permet de comprendre que c’est Dieu qui parle ici (et le « je » n’intervient en réalité qu’au v. 6, en hébreu).

1.5 Jetez les yeux : litt. voyez, même verbe hébreu (ra’ah) que pour « me fais-tu voir » dans la plainte du prophète au v. 3. Regardez : même verbe hébreu (nabat) que pour « contemples-tu » dans la plainte du prophète au v. 3.

Etonnement : cet étonnement suggère une rédaction avant la démonstration de l’efficacité de l’armée babylonienne à la bataille de Karkemish en 605 (Nebucadnetsar et ses troupes babyloniennes y écrasent l’Egypte).

1.6 Les Babyloniens : litt. les Chaldéens, ethnie dominante dans l’Empire néo-babylonien. Le nom kaldu désigne des Sémites habitant depuis la nuit des temps la région marécageuse au sud de Babylone. Leurs clans avaient pris l’ascendant sur les autres Babyloniens vers la fin du 8e siècle. Le terme devient synonyme de Babylonien sous Nabopolassar, fondateur de l’Empire néo-babylonien (en 626) issu de cette ethnie, et père de Nebucadnetsar qui va s’attaquer au royaume de Juda dès 605.

1.7 Il est la source de son droit : le droit des Babyloniens va répondre au problème du droit bafoué en Juda (v. 4).

1.9 Il rassemble des prisonniers : allusion à la politique de déportation de populations pratiquée par les Babyloniens.

1.10 Il amoncelle de la terre : allusion à l’érection de rampes visant à conquérir des villes dotées de murailles.

1.12-17 Le prophète ne peut pas être satisfait de la solution divine. Il cherche à concilier sa théologie avec le vécu de sa nation. Il fait appel au caractère même de Dieu pour exprimer son insatisfaction face à la réponse reçue (1.12-13), avant d’évoquer le sort des victimes des Babyloniens en employant la métaphore de la pêche (1.14-17).

1.13 Le méchant… celui qui est plus juste que lui : respectivement le Babylonien et le Judéen, que ce dernier respecte la loi de Dieu ou pas. Habaquq estime que les Babyloniens, instruments du jugement divin, sont pires que les Judéens.

1.14 Traiterais-tu l’homme : litt. ferais-tu l’être humain (ou Adam). Possible contraste voulu avec l’action divine lors de la création (en Gn 1.26). Le prophète reproche à Dieu le comportement des Babyloniens qui réduiront d’autres êtres humains au statut de créatures animales.

1.15 Hameçon… filet : métaphore de la pêche pour une conquête employée ailleurs aussi (Jr 16.16) pour des conquêtes. Des bas-reliefs mésopotamiens représentent des conquérants en train de capturer leurs ennemis avec des filets de pêcheurs. Par ailleurs, on a des preuves que des prisonniers de guerre étaient parfois pris dans des filets, et l’on sait que les Babyloniens passaient un crochet dans la lèvre inférieure des prisonniers pour les enchaîner les uns aux autres.

1.16 Sacrifice… encens : allusion à l’idolâtrie (ou l’arrogance) des Babyloniens, qui les amène à adorer leur propre savoir-faire.

Questions

A. Quel genre de mal préoccupe Habaquq, et en quoi est-il légitime qu’il s’en plaigne auprès de Dieu (1.2-4) ?

B. Quelles sont les vérités à propos de Dieu qui sont difficiles à concilier avec sa manière de réagir
– ou de ne pas réagir – face au mal, pour le prophète (1.5-17) et pour nous ?

C. En quoi notre vision de Dieu aurait-elle besoin d’être corrigée ?

Dialogue et conclusion

* Le mal moral ou naturel ne pose réellement problème que si l’on croit en un Dieu concerné par les êtres humains, leur bien-être et leur manière de vivre, aimant, bon, juste et souverain… le Dieu de la Bible. Les dieux des autres religions de l’Antiquité n’étaient pas particulièrement concernés par les questions morales ou vivaient bienheureux loin des problèmes humains (dieux grecs).

* Dieu accueille les interrogations, les reproches et les accusations du prophète, même si elles concernent des comportements humains et pas des catastrophes naturelles. Il ne lui adresse pas de reproche pour cela et lui répond. Cela nous rassure et nous encourage à l’honnêteté vis-à-vis de Dieu.

* Le prophète ne comprend pas que le Dieu qu’il connaît puisse ne rien faire et qu’il puisse envisager d’employer, pour exercer la justice envers son peuple coupable, un peuple au comportement pire encore ; la réponse à sa demande a pour résultat que ça va encore plus mal. Il reste sur l’insatisfaction de l’absence de réponse plutôt que de chercher à tout prix une réponse qui corresponde à ses attentes.

* Habaquq est conscient de la souveraineté de Dieu (« traiterais-tu » en 1.14 alors que ce sont les Babyloniens qui vont agir). Accepter la souveraineté de Dieu, c’est aussi, à un moment donné, accepter que ses manières d’agir nous échappent et nous surprennent, et que nous ne comprenions pas tout.

* Jetez… racontait (1.5) est cité par Paul en Actes 13.41 en guise d’avertissement aux Juifs d’Antioche de Pisidie auxquels il annonce le pardon des péchés en Christ. Nous avons aussi à nous laisser interpeller quand Dieu agit d’une façon différente de ce que nous attendons de lui.

* Dieu élargit la perspective du prophète en montrant qu’il agit déjà en coulisses, même quand rien ne permet de le deviner, et qu’il agit suivant une vision globale, qui inclut les autres nations, pas supposées lui appartenir. Cela nous incite à la confiance en lui.)

Un commentaire

Ajouter un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.