L’Iran… ou la nuit des Églises

L’Iran… ou la nuit des Églises

L’Iran est un immense pays d’environ 75 millions d’habitants. Il est sous la tutelle de trois pouvoirs. Le pouvoir du clergé, les ayatollahs, qui donne le ton ; le pouvoir de l’Etat, qui assure l’administration du pays ; et le pouvoir des Bassidjis, jeunes « volontaires mobilisés » recrutés dès l’âge de 15 ans, et des Pasdaran, les « gardiens de la révolution », qui font respecter la loi islamique.

Une persecution subtile

Depuis la révolution islamique en 1979 le pays est plongé dans une implacable répression de toutes les religions autres que le shî’isme. Les récents accords sur le nucléaire n’ont en rien modifié cette dynamique, au contraire. Pourtant l’Iran donne l’apparence d’une relative ouverture. Élu en 2013 sur un programme modéré, l’actuel président Hassan Rohani, qui soigne sa communication à l’intention de l’Occident, a salué les chrétiens sur Twitter, le jour de Noël 2014 : « Jésus-Christ, prophète de l’amour et de la paix, nous bénisse tous en ce jour ». Pourtant, la pression sur les Églises n’est pas retombée. C’est une persécution subtile qui cherche à les étouffer. Les biens des Églises sont confisqués : écoles, cimetières, bibliothèques. L’arbitraire est total. La police religieuse s’arroge tous les droits… La prudence m’impose d’être discret en la matière.

Rencontre avec des chrétiens

iranienneAu nord du pays, nous avons pu rencontrer des chrétiens. Quelques églises restent ouvertes, mais cette liberté se paie par d’innombrables restrictions : interdiction de célébrer dans la langue du pays, engagement écrit des pasteurs et des prêtres de ne jamais visiter de famille musulmane et de ne jamais autoriser des musulmans à entrer dans leur église. Interdiction de procéder à des baptêmes de musulmans. Tout nouveau converti est menacé de mort. Nos guides ont dû obtenir une autorisation spéciale pour nous permettre de visiter des églises. Beaucoup de prêtres sont d’origine étrangère. Juste tolérés dans le pays, ils subissent des campagnes de calomnies sur le Net où leur photo apparaît avec une légende qui les dénonce comme pasteurs d’Églises illégales.

« Notre seul témoignage est muet, nous devons rester effacés, calmes et discrets… nous ne pouvons rayonner que par notre vie », nous confient un prêtre et une moniale rencontrés dans deux villes différentes. La moniale, me voyant prendre des notes, me demande de cesser. La méfiance est de règle. « Je n’ai totalement confiance qu’en mon chien ». Cette attitude est générale. « Dans notre pays, il est dur d’être schizophrène, toujours dans l’illégalité… il s’y passe beaucoup de choses que le gouvernement ne maîtrise pas », reconnaît une musulmane au franc-parler. Le pays est magnifique. Les mosquées, plus belles les unes que les autres. Mais que faire de tant de beauté lorsqu’on sait que le pouvoir totalitaire est toujours plus intolérant ? A l’image des chrétiens, toutes les minorités religieuses souffrent : les yézidis, les baha’is. A Téhéran, on a dynamité cet été la seule mosquée sunnite de la ville.

Un pays magnifique

La population iranienne est attachante. Elle souffre des restrictions imposées par le régime et cherche à les contourner. La contrebande de produits occidentaux est florissante. Les gens sont heureux de se faire photographier en notre compagnie. Les Iraniennes contournent les contraintes vestimentaires en reculant leur foulard pour faire voir quelque chose de leur magnifique chevelure !

L’Iran est un pays mystique. Toute la culture persane est bercée par la quête de Dieu à travers la poésie. Cette sensibilité est un terreau favorable aux conversions qui paraissent très nombreuses. La perspective d’une relation personnelle avec Dieu et le rejet de l’islam rigoriste au pouvoir sont les principales causes des conversions. A Qom, l’un des mollahs fait une thèse sur la Bible et dans ce but, il l’a traduite en persan. Serait-ce le signe d’une timide ouverture ?

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